
Etudier en France : à l'heure
de la mondialisation
conférence de M. Lah au CCF de Yaoundé
Introduction
Yaoundé le 23 février 2001
Dans un
contexte international en évolution rapide, l'enseignement
supérieur français est actuellement confronté à des
problématiques nouvelles. Un peu partout dans les pays
du nord, on évoque de plus en plus fréquemment
l'existence d'un marché mondial de la formation.
Aujourd'hui,
la France universitaire tente de se positionner sur ce marché.
Claude Allègre, alors ministre de l'Éducation
nationale, en avait fait un défi majeur. Écoutons
ses propos: Le marché de la formation supérieure
est devenu à l'heure de la mondialisation un enjeu de
compétition où s'affrontent les États-Unis
avec 560.000 étudiants étrangers, le Royaume-Uni
avec 200.000 étudiants étrangers, la France avec
130.000 étudiants étrangers, notamment. L'enjeu
est à la fois culturel, puisqu'il s'agit de la formation
des élites des pays étrangers, et économique,
puisque ce secteur représente aux États-Unis,
le quatrième poste d'exportation rapportant chaque année
plus de 7 milliards de dollars.
La prise
de conscience de cet enjeu économique a transformé les étudiants étrangers
en clients du savoir. Pour moi, cette orientation économique
est légitime, mais présente des risques incalculables,
particulièrement sur les relations sociales entre les
peuples et entre États.
Imaginons
que cette évolution soit menée jusqu'à un
terme extrême où les règles du marché s'imposent,
sans garde-fou, aux établissements d'enseignement supérieur.
Dans le rapport que la commission présidée par
M. Jacques Attali a remis au ministre de l'éducation
nationale en novembre 1998 sur le modèle européen
d'enseignement supérieur, on peut lire ceci: Les universités
deviendraient comme des entreprises à la recherche de
clients - des élèves solvables, sans distinction
de nationalité - et en concurrence sur le marché pour
attirer les meilleurs facteurs de production - les professeurs
et les financements - en vue de maximiser les profits -c'est-à-dire
leurs moyens de développement. Dans ce modèle
(où l'enseignement supérieur cesserait d'être
une charge pour la collectivité pour devenir une source
de profit pour des entreprises) l'émulation et la concurrence
joueraient à tous les niveaux. Les étudiants
auraient à financer eux-mêmes leurs études,
par les ressources de leurs familles, en empruntant aux banques
ou même sur les marchés financiers, qui investiraient
demain sur les étudiants prometteurs comme ils investissent
aujourd'hui sur des entreprises innovantes.
Fort heureusement,
nous n'en sommes pas là. Mais, ce scénario catastrophe
m'inquiète. Et je m'interroge : l'Europe qui se bâtit
aujourd'hui sous nos yeux est-elle seulement celle de l'euro,
des banques et de l'économie ? Sous un autre angle,
je me demande si la construction de l'Europe du savoir passe
par une exclusion des étudiants non-européens
et non solvables.
La thèse
que je voudrais défendre ce soir est la suivante: même à l'heure
de la mondialisation, la préoccupation des retombées
financières de l'accueil des étudiants étrangers
ne doit ni torpiller la longue tradition d'accueil de la France,
ni sacrifier la dimension culturelle et sociale de la mobilité étudiante.
En clair, ce serait une catastrophe pour la francophonie si
nous cédions à la tentation de traiter la question
de l'accueil des étudiants étrangers du seul
point de vue commercial
En d'autres
termes, éliminer l'approche culturelle de l'enseignement
supérieur au service d'une politique de coopération,
pour le considérer exclusivement comme un produit d'exportation
générateur de devises, c'est tourner le dos à l'idéal éducatif
et à la valeur républicaine de la fraternité.
Parce qu'on ne peut pas vendre la France universitaire comme
on vend du champagne et du parfum, (note) je vous propose une
réflexion ce soir autour de trois axes:
regard sur
quelques moments essentiels de l'histoire de la politique française
en matière d'accueil des étudiants étrangers.
regard sur quelques enjeux sociaux, politiques et économiques qu'implique
la création de l'agence EduFrance .
à partir des réalités vécues par les étudiants
que je fréquente à Amiens, quelle coopération espérer
entre la France et l'Afrique en matière de formation d'étudiants
et d'échanges inter universitaires?
Références
et notes de l'auteur
Selon les propos de M. François Blamont, directeur général
d'Édufrance
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