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Etudier en France : Parler vrai par Robert Tabarantue

Le parler vrai est du devoir du Service de Coopération et d'Action Culturelle. Il permet, aussi de rendre service à tous ceux qui aspirent à suivre des études à l'étranger et de leur éviter des désillusions inutiles.

Les motivations qu'ont beaucoup de jeunes camerounais dans leur grand désir d'aller étudier en France varient suivant leur niveau d'études

Pour ceux qui s'inscrivent dans le secondaire, il s'agit, le plus souvent, d'aller rejoindre en France un frère, une soeur, un oncle, susceptibles d'assumer le coût des études.
Les candidats à une inscription dans une université disent vouloir suivre une filière qui n'existe pas ici, ou bien se plaignent des conditions d'études locales
trop d'étudiants et
pas assez de locaux
difficulté à trouver à se loger près de l'université, etc...
Enfin, ceux qui veulent entamer des recherches déplorent le manque de bibliothèques, de documentation d'une façon générale, de laboratoires suffisamment bien équipés
Parmi toutes ces raisons, certaines sont recevables, d'autres moins...

Domine en tout cas, la conviction qu'il suffit d'obtenir une inscription quelconque en France et un visa pour être tiré d'affaire.

Il est vrai que beaucoup partent, et reviennent avec un diplôme parfaitement honorable, qui fait qu'on les considère, et même qu'on les montre en exemple. Les associations d'anciens élèves d'écoles prestigieuses sont nombreuses, et le pays peut être fier de ces élites intellectuelles.

Mais on ne parle jamais de tous ceux qui échouent. Or ils sont sans doute les plus nombreux. On ne parle pas non plus de la galère que certains vivent en France, soit parce qu'ils ont les plus grandes peines du monde à suivre, soit parce qu'ils vivent dans des conditions matérielles très difficiles. Ils partent confiants vers ce qu'ils croient être un Eldorado, investis souvent par leur famille d'une mission, celle de rentrer au pays avec la garantie d'une belle situation. Comment dès lors pourraient ils reconnaître devant leurs proches que l'Eldorado n'existe pas, que la vie en France présente aussi ses aléas, que les études sont difficiles, parce que la concurrence est rude, et que les conditions ne sont pas toujours idéales?

Ceci fait que d'autres ont envie, à leur tour, de tenter la belle aventure, et se mettent eux aussi à croire qu'il suffit que ... Certains en viennent même à truquer leurs bulletins scolaires ou à présenter de faux diplômes. Espèrent ils cacher leur niveau réel, lorsqu'ils seront sur les bancs de l'amphi? Croient ils vraiment que l'inscription donne automatiquement le diplôme au bout de 3 ou 4 ans? Ou cherchent ils seulement à s'expatrier? Et les parents qui les soutiennent, qui se prévalent de leur situation ou de leurs appuis pour faire pression sur les responsables, engageant des frais importants ...?

La France est une terre d'accueil pour les étudiants étrangers, par tradition, mais aussi parce que les universités françaises considèrent aujourd'hui comme indispensables les échanges internationaux, part intégrante de leur rayonnement et de leur richesse. Une agence a même été spécialement conçue pour assurer la promotion des études supérieures en France, Edufrance. Mais les jeunes camerounais et aussi leurs aînés, doivent être mis en garde: il ne suffit pas de partir pour obtenir un diplôme, c'est difficile intellectuellement, moralement, socialement, et , au bout du compte, il y a une part d'incertitude, si l'on n'a pas mis de son côté, au départ, tous les atouts:

Il faut partir bien préparé, avec un excellent niveau scolaire ou universitaire de base, pour tirer le meilleur profit d'une spécialisation, celle qui apporte le plus à un cursus national réussi.


Beaucoup de jeunes gens devraient lire ou relire Kocumbo l'étudiant noir d'Aké Loba: ils y trouveraient, très bien exprimées, les désillusions, les déceptions, les difficultés de toutes sortes qui attendant souvent le jeune, parti confiant ou un peu inconscient des exigences qui l'attendent.

Ces considérations ne visent certainement pas à décourager, mais à aider chacun à se situer par rapport à une démarche à la fois audacieuse et exigeante: si quelques lecteurs de ces lignes de parler vrai se mettaient à réfléchir à deux fois avant de faire le saut, ces lignes n'auraient pas été écrites en vain: elles auraient permis d'éviter à quelques uns des difficultés plus grandes que celles qu'ils croient être leur lot ici.

Robert Tabarant, Conseiller Culturel au SCAC
article écrit pour la revue Équinoxe Mai 2000, bulletin d'information du Service de Coopération et d'Action Culturelle

 

 

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